UNE CHAMPIONNE À OXYGÈNE

Publié le Mis à jour le

Elle ne se prend pas pour une star, mais Camille Serme était à n’en pas douter la tête d’affiche du White Open 2016. Alors qu’elle est en pleine préparation physique, la numéro 1 française a non seulement impressionné par ses qualités de joueuse – cinquième d’un tableau masculin très relevé, on ne s’étonne même plus de la voir battre des joueurs du top 25 national – mais elle a aussi conquis l’assistance grâce à sa gentillesse et sa simplicité. Entretien avec une grande championne, que l’on espère revoir l’année prochaine !

 

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Crédit photo : Paul Orlovic

 Jérôme Elhaïk : Bonjour Camille. Dans quel état d’esprit étais-tu venue au White Open ?

Camille Serme : Je n’avais pas spécialement d’attentes. J’ai repris l’entraînement lundi (il y a 8 jours), et j’ai eu quelques grosses séances physiques depuis. Je suis donc venu dans un état d’esprit très positif, avec notamment pour objectif de retrouver des sensations au niveau de la raquette.

J.E. : Dans l’ensemble, quel bilan fais-tu de ton tournoi ?

C.S. : Je suis globalement très contente, notamment de mes deux matches aujourd’hui (dimanche). J’ai battu deux très bons joueurs (Sohail Khan et Quint Mandil, respectivement n°29 et 22 français).

J.E. : D’autant plus que Quint avait été impressionnant lors de ses matches précédents.

C.S. : En effet. En plus, j’ai réussi à le faire craquer physiquement en fin de match, alors que c’est l’une de ses qualités premières. Ça veut dire que je ne suis déjà pas trop mal sur ce plan alors que je viens de commencer ma préparation.

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Crédit photo : Paul Orlovic

J.E. : Un petit mot sur ta défaite en quart de finale contre Lucas Rousselet ?

C.S. : Déjà, c’est un match un peu particulier puisqu’on se côtoie tous les jours au pôle France à Créteil. Ensuite, avec sa taille (il mesure pas loin de 2 mètres), Lucas a une couverture de terrain et une envergure incroyables, il ramène toutes les balles. Même s’il y a quelques filles de grand gabarit au plus haut niveau chez les femmes, ça n’a rien à voir. Même chose en termes de puissance, le rebond de ses frappes est plus bas par rapport à ce à quoi je suis habitué.

J.E. : Revenons sur ta saison 2015-2016. À première vue, elle a été un peu moins bonne que la précédente, est-ce que tu es d’accord ?

C.S. : C’est marrant que tu me poses cette question, parce Philippe (Signoret, son coach) me l’a également soumise lors de la reprise de l’entraînement lundi. Je vais te répéter ce que je lui ai dit, je suis déçue de ma saison. Il y a un an, j’étais n°3 mondiale, et je suis maintenant 6ème. Et je n’ai remporté aucun tournoi World Series. Néanmoins, si l’on y regarde de plus près, j’ai l’impression que cette saison a été plus dense. En 2014-2015, j’avais peut-être été moins régulière mais ma victoire au British Open fait une grosse différence.

J.E. : Il n’y avait pas seulement le British mais surtout un printemps incroyable : du championnat de France en février à ta défaite en quart de finale à Alexandrie, tu alignes 22 victoires en 23 matches.

C.S. : C’est vrai. Ce qui est frustrant, c’est que j’ai perdu quelques matches très serrés cette année. Ça se joue à des détails, mais en fin de compte, ce sont ces détails qui auraient pu la transformer en une excellente saison. Je vais mettre celle contre Massaro au championnat d’Europe par équipes de côté, car j’ai raté mon match ce jour-là, mais je pense notamment à mes défaites contre Nour El Sherbini au ToC (11-8 au cinquième jeu), puis Nouran Gohar au British et au Championnat du Monde (les deux fois en 5 jeux). Comme on dit, on peut voir le verre à moitié plein ou à moitié vide …

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Crédit photo : PSA World Tour

J.E. : La question qui fâche. La plupart de tes défaites récentes sont intervenues contre des joueuses égyptiennes, le pays dominant du squash féminin à l’heure actuelle. Est-ce que tu t’entraînes de manière spécifique par rapport à elles ?

C.S. : Non pas du tout, je ne raisonne pas comme ça. En plus, ce n’est pas comme si je perdais largement contre elles, par exemple lors de la finale des World Series à Dubaï je suis passé à deux doigts de battre Raneem (El Welily, elle s’est incliné 11-9 10-12 9-11). La seule joueuse contre laquelle je n’aime vraiment pas jouer, c’est Omneya Abdel Kawy, car elle a un jeu très particulier.

J.E. : Petite anecdote, tu n’as plus perdu en compétition officielle contre une joueuse française depuis la finale des championnats de France en février 2008 (contre Isabelle Stoehr). Est-ce que ce manque d’émulation au niveau national est un désavantage, notamment par rapport aux Égyptiennes voire même aux Anglaises ?

C.S. : Évidement que le niveau en France est moins dense que dans ces deux pays, mais Co (Coline Aumard, n°2 française) a beaucoup progressé. Elle est maintenant 28ème au classement mondial, et nos deux dernières finales au championnat de France ont été très accrochées. De plus, j’ai l’occasion de m’entraîner avec des garçons au quotidien, par exemple mon frère, Lucas Rousselet ou encore Auguste Dussourd. J’aimerais quand même souligner quelque chose : en France, il y a certains hommes qui sont réticents à l’idée de s’entraîner avec des filles. Alors que dans un pays comme l’Égypte, ils ne se posent même pas la question, le mélange se fait de manière totalement naturelle.

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Crédit photo : Pôle France Créteil

J.E. : Passons maintenant à la saison 2016-2017. Quels sont tes objectifs ?

C.S. : Mon ambition, c’est vraiment de remporter des World Series. Quitte à m’inspirer d’une fille comme Laura Massaro, qui cible vraiment sa saison sur ces tournois.

J.E. : L’une des autres grosses échéances à venir, c’est le Championnat du Monde par équipes à Paris en décembre.

C.S. : Évidemment. Notre ambition, c’est clairement de monter sur le podium (les Bleues ont terminé sixièmes de la dernière édition au Canada).

J.E. : Vu la concurrence, avec notamment les trois « gros » (Égypte, Malaisie, Angleterre), c’est un objectif très ambitieux.

C.S. : Effectivement, et n’oublions pas des pays émergents, comme les États-Unis ou l’Inde. Mais je suis convaincue que si on aborde cette compétition avec un groupe soudé et ambitieux, on peut y arriver. Coline a déjà prouvé qu’elle était capable de battre des joueurs du top 20 mondial, et je fais confiance aux joueuses qui évolueront en numéro 3.

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Crédit photo : Facebook Camille Serme

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Crédits photo : Paul Orlovic

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